# L’importance des activités sportives adaptées en EHPAD

Le vieillissement de la population française impose aujourd’hui une réflexion approfondie sur la qualité de vie en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Alors que plus de 600 000 résidents vivent actuellement en EHPAD, la question du maintien de leur autonomie physique et cognitive devient centrale. Les activités sportives adaptées constituent désormais un pilier thérapeutique incontournable, permettant de ralentir significativement le déclin fonctionnel. Ces programmes d’activité physique adaptée (APA) représentent bien plus qu’un simple moment de divertissement : ils s’inscrivent dans une démarche de soin globale, visant à préserver les capacités motrices, stimuler les fonctions cognitives et maintenir le lien social. Face à des pathologies complexes comme les syndromes parkinsoniens ou les démences neurodégénératives, l’approche par le mouvement offre des résultats mesurables et durables.

Évaluation gériatrique et prescription d’activité physique adaptée en établissement médicalisé

L’évaluation gériatrique constitue le socle indispensable avant toute prescription d’activité physique en EHPAD. Cette démarche pluridisciplinaire permet d’établir un diagnostic précis des capacités fonctionnelles de chaque résident et d’identifier les risques potentiels. Les médecins coordonnateurs s’appuient sur des outils standardisés pour mesurer l’autonomie, l’équilibre et les capacités cardio-respiratoires. Cette phase d’évaluation initiale conditionne l’ensemble du parcours d’activité physique du résident, garantissant ainsi une approche sécurisée et personnalisée. Les professionnels de santé doivent également prendre en compte l’historique médical complet, les traitements en cours et les contre-indications éventuelles pour élaborer un programme cohérent.

Échelle de tinetti et test de la marche pour définir le profil moteur des résidents

L’échelle de Tinetti représente l’outil d’évaluation de référence pour mesurer l’équilibre et la marche chez les personnes âgées. Ce test, reconnu internationalement, évalue 16 items distincts notés sur un total de 28 points. Un score inférieur à 19 indique un risque élevé de chute, nécessitant une prise en charge spécifique. Le test se décompose en deux parties : l’évaluation statique de l’équilibre (9 items, 16 points) et l’analyse de la marche (7 items, 12 points). Les kinésithérapeutes observent la capacité du résident à maintenir son équilibre en position assise, à se lever d’une chaise, à tenir debout les yeux fermés ou encore à effectuer un demi-tour.

Le test de la marche sur 6 minutes complète cette évaluation en mesurant l’endurance cardio-respiratoire. Cette épreuve simple permet de quantifier la distance maximale parcourue en terrain plat durant 6 minutes, offrant ainsi un indicateur fiable de la capacité fonctionnelle globale. Pour les résidents présentant des troubles cognitifs, des adaptations sont nécessaires : consignes simplifiées, accompagnement rassurant et parcours sécurisé. Ces données chiffrées permettent ensuite de suivre l’évolution des performances motrices au fil des mois et d’ajuster les programmes d’activité physique en conséquence.

Grille AGGIR et niveau de dépendance : adapter l’intensité des exercices physiques

La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) classe les résidents en six groupes selon leur

capacité à accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne (se laver, s’habiller, se déplacer, s’alimenter). Un résident classé en GIR 1 ou 2 présente une dépendance lourde, nécessitant une activité physique très encadrée, de faible intensité, souvent en position assise ou semi-assise. À l’inverse, les profils GIR 5 ou 6 peuvent bénéficier de séances plus dynamiques, incluant de la marche active, des exercices d’endurance ou des ateliers d’équilibre complexes. L’intérêt de la grille AGGIR, dans la prescription d’activité physique adaptée en EHPAD, est donc de calibrer finement la charge d’effort, la durée des séances et le niveau de supervision requis.

Concrètement, un programme d’APA pour un résident GIR 1-2 privilégiera des exercices passifs ou aidés, un travail de mobilité articulaire douce, de respiration et de stimulation sensorielle. Pour un résident GIR 3-4, on pourra intégrer du renforcement musculaire ciblé (membres inférieurs, ceinture scapulaire), des transferts assis-debout et des parcours de déambulation courts mais répétés. Les résidents les plus autonomes (GIR 5-6) pourront participer à des séances de gymnastique douce en groupe, de marche nordique adaptée ou même à certaines activités aquatiques thérapeutiques. Cette gradation permet d’éviter la sur-sollicitation tout en maintenant un niveau de stimulation suffisant pour lutter contre la sarcopénie et la perte d’équilibre.

Rôle des ergothérapeutes et kinésithérapeutes dans l’élaboration des programmes APA

Les ergothérapeutes et les kinésithérapeutes occupent une place centrale dans la conception des programmes d’activité physique adaptée en EHPAD. Le kinésithérapeute se focalise principalement sur la récupération fonctionnelle, le renforcement musculaire, l’amélioration de la mobilité articulaire et de l’équilibre. Il réalise les bilans locomoteurs, identifie les déficits prioritaires et propose des exercices ciblés, qu’ils soient réalisés en séances individuelles ou au sein de petits groupes homogènes. Son expertise est déterminante pour les résidents présentant des pathologies ostéo-articulaires, des suites de chute ou des syndromes parkinsoniens.

L’ergothérapeute, de son côté, a pour objectif de traduire ces capacités motrices en gestes utiles au quotidien. Il évalue la façon dont le résident se déplace dans sa chambre, utilise sa salle de bain, participe aux repas ou aux activités collectives. En lien avec le kinésithérapeute et le médecin coordonnateur, il adapte les exercices d’APA pour qu’ils reproduisent ou préparent les tâches de la vie quotidienne : transferts lit-fauteuil, montée de marche, saisie d’objets, préhension fine. Cette approche fonctionnelle fait du sport en EHPAD un véritable levier pour le maintien de l’autonomie, bien au-delà de la seule performance physique.

La collaboration entre ces professionnels permet de bâtir des protocoles pluridisciplinaires, intégrés au projet de soin personnalisé. Ils participent aux réunions d’équipe, informent les aides-soignants des consignes à respecter (installation, aides techniques, surveillance de l’effort) et ajustent régulièrement les programmes en fonction de l’évolution clinique. Vous l’aurez compris : sans ce binôme ergothérapeute–kinésithérapeute, l’activité physique adaptée en maison de retraite risquerait de rester théorique, déconnectée des besoins réels des résidents.

Protocoles de sécurisation et contre-indications médicales en gériatrie active

La mise en place d’activités sportives adaptées en EHPAD suppose un cadre de sécurité rigoureux. Chaque séance doit débuter par une vérification des paramètres vitaux de base (état de vigilance, douleur, essoufflement inhabituel, tension artérielle si besoin) et par un rapide questionnement sur l’état général du résident. En présence de fièvre, d’infection aiguë, de décompensation cardiaque ou respiratoire, la participation à l’atelier est différée. Certaines pathologies nécessitent des ajustements : insuffisance cardiaque, troubles du rythme, hypertension sévère, ostéoporose avancée ou antécédents de chutes graves imposent un contrôle plus étroit de l’intensité de l’effort et des amplitudes de mouvement.

Les protocoles de sécurisation incluent également l’aménagement de l’environnement : sols dégagés, éclairage suffisant, fauteuils à proximité pour les temps de repos, aides techniques disponibles (déambulateurs, cannes, ceintures de marche). Le ratio encadrant/résidents doit être adapté au niveau de dépendance et de risque de chute du groupe. Pour les activités debout, un repérage systématique des personnes les plus fragiles permet d’anticiper une aide rapprochée. Comme pour un « filet de sécurité » au cirque, la présence d’un professionnel formé et d’un environnement contrôlé autorise une prise de risque mesurée, indispensable aux progrès tout en limitant les accidents.

Enfin, un protocole d’urgence clairement défini doit être connu de tous : conduite à tenir en cas de malaise, de chute, de douleur thoracique ou de détresse respiratoire. Les numéros internes, le chariot d’urgence et la trousse de premiers secours doivent être immédiatement accessibles. Cette organisation, loin de freiner les activités physiques en EHPAD, les rend au contraire plus sereines, en rassurant à la fois les résidents, les familles et les équipes soignantes.

Programmes de gymnastique douce et renforcement musculaire pour seniors dépendants

La gymnastique douce constitue souvent la porte d’entrée idéale vers l’activité physique pour senior en EHPAD. Accessible, modulable et peu intimidante, elle permet d’impliquer des résidents aux profils très variés, y compris dépendants ou en fauteuil roulant. L’objectif n’est pas la performance mais l’entretien de la mobilité articulaire, de la tonicité musculaire et de la coordination. En combinant mouvements lents, respiration contrôlée et travail d’équilibre en sécurité, ces séances de sport en maison de retraite participent activement à la prévention de la perte d’autonomie.

Méthode siel bleu : ateliers de prévention santé et parcours motricité adaptés

Parmi les références en France, la méthode Siel Bleu s’est imposée comme un modèle de programmes de gymnastique douce adaptés aux personnes âgées dépendantes. Basée sur des exercices simples, ludiques et progressifs, elle s’appuie sur des éducateurs sportifs spécialement formés au public senior fragile. Les ateliers de prévention santé travaillent la force, l’équilibre, la souplesse et la respiration, toujours dans le respect des capacités individuelles. Chaque mouvement est pensé pour être réalisable en position assise ou debout, avec des variantes permettant de ne laisser personne de côté.

Les parcours de motricité Siel Bleu, mis en place dans de nombreux EHPAD, illustrent concrètement cette approche. Ils consistent en petits circuits sécurisés intégrant marche entre plots, franchissement de mini-obstacles, changements de direction, transferts assis-debout et manipulations d’objets. Un peu comme un « terrain de jeu thérapeutique », ces parcours sollicitent simultanément la force musculaire, la coordination, l’attention et la confiance en soi. Pour les résidents, ces activités physiques adaptées prennent la forme d’un défi convivial plutôt que d’une contrainte de rééducation.

Exercices proprioceptifs et travail postural contre les chutes en EHPAD

Pour lutter contre les chutes en EHPAD, le travail de la proprioception et de la posture est indispensable. La proprioception, c’est cette capacité du corps à « se sentir » dans l’espace, sans même avoir besoin de regarder ses pieds ou ses mains. Avec l’âge, cette fonction s’altère, surtout lorsqu’elle n’est plus sollicitée. Les ateliers d’APA intègrent donc des exercices spécifiques : maintien de la station debout sur supports instables, transferts de poids d’un pied sur l’autre, marche en ligne, pas chassés ou montées de marche simulées. L’objectif est de réapprendre au corps à corriger spontanément les déséquilibres.

Le travail postural vise quant à lui à redresser la colonne, ouvrir la cage thoracique et renforcer les muscles profonds, souvent négligés. En pratique, cela se traduit par des exercices de gainage doux en position assise, des étirements de la chaîne antérieure, des renforcements des muscles fessiers et des fixateurs des omoplates. En améliorant l’alignement global du corps, on réduit le risque de bascule en avant et de chute lors des transferts ou de la marche. Là encore, l’approche est progressive : on ne demande pas à un résident de « tenir la planche », mais on lui propose, par exemple, de maintenir une posture stable quelques secondes en s’appuyant sur un dossier de chaise.

Utilisation du matériel adapté : ballons bobath, élastibands et plateformes d’équilibre

Le recours à un matériel simple mais spécifique renforce l’efficacité des programmes de gymnastique douce en EHPAD. Les ballons Bobath, de gros ballons de rééducation, sont utilisés pour travailler l’équilibre assis, la mobilité du bassin et la tonicité du tronc. Assis sur le ballon, en étant sécurisé par un professionnel, le résident ressent immédiatement le besoin d’ajuster sa posture pour ne pas basculer, ce qui sollicite finement les muscles profonds. Les élastibands et autres bandes de résistance permettent de proposer un renforcement musculaire progressif des membres supérieurs et inférieurs sans risque de charge excessive.

Les plateformes d’équilibre, coussins instables ou demi-sphères sont utilisées pour des exercices en position assise ou debout, selon le niveau d’autonomie. Placés sous les pieds ou les mains, ils obligent à de micro-ajustements permanents, idéaux pour stimuler la proprioception. Bien sûr, toutes ces activités physiques adaptées en EHPAD se déroulent avec des ceintures de maintien, des barres d’appui et un encadrement rapproché pour éviter tout accident. Loin de transformer l’établissement en salle de sport, ce matériel devient un prolongement des gestes du quotidien, permettant de travailler de manière ciblée mais ludique.

Activités aquatiques thérapeutiques et balnéothérapie en milieu gériatrique

Lorsque l’infrastructure le permet, les activités aquatiques thérapeutiques constituent un formidable atout pour les seniors en institution. L’eau offre un environnement porteur, sécurisant pour les articulations fragiles et les muscles affaiblis. La poussée d’Archimède réduit le poids apparent du corps et rend possibles des mouvements impossibles à sec. Pour certains résidents, la piscine thérapeutique devient un espace de liberté retrouvée, où la marche, les flexions ou les levées de genoux redeviennent confortables. Dans ce contexte, l’hydrothérapie s’intègre parfaitement dans les programmes d’activité physique adaptée en EHPAD.

Aquagym senior et hydrokinésithérapie pour pathologies ostéo-articulaires

L’aquagym senior reprend les principes de la gymnastique douce en les transposant dans un milieu aquatique. Les séances se déroulent en petit groupe, encadrées par un maître-nageur formé ou un kinésithérapeute spécialisé. Les exercices ciblent la mobilité articulaire, le renforcement musculaire global et l’endurance douce. Les mouvements de marche, de montée de genoux, de cercles de bras ou de flexions sont facilités par l’eau, tandis que la résistance de celle-ci augmente le travail musculaire sans impact traumatique. Pour les résidents souffrant d’arthrose, de lombalgies chroniques ou de prothèses articulaires, l’aquagym thérapeutique offre un soulagement notable.

L’hydrokinésithérapie, quant à elle, se pratique généralement en séances individuelles ou en petits groupes très homogènes, sous la responsabilité du kinésithérapeute. Elle vise des objectifs précis : rééducation à la marche après chute ou fracture, récupération d’amplitude après chirurgie, travail d’équilibre en décharge partielle. L’eau joue ici un rôle de « cocon thérapeutique » : elle amortit les pertes d’équilibre, limite la douleur et rassure les personnes anxieuses à l’idée de bouger. En combinant ces approches, les EHPAD disposant d’un accès à un bassin thérapeutique peuvent proposer une activité physique adaptée particulièrement complète.

Température de bassin et protocoles de sécurité pour résidents alzheimer

La température du bassin est un paramètre crucial en gériatrie. Pour des activités aquatiques thérapeutiques, on recommande généralement une eau comprise entre 31 °C et 34 °C, afin de favoriser la détente musculaire sans provoquer de fatigue excessive. Une eau trop froide accentuerait les douleurs articulaires et le risque de malaise ; une eau trop chaude favoriserait l’hypotension et l’épuisement. Une surveillance étroite du temps d’immersion, des pauses régulières au bord du bassin et une bonne hydratation avant et après la séance complètent ces précautions.

Pour les résidents atteints de maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs, des protocoles de sécurité spécifiques sont indispensables. L’environnement doit être simple, rassurant, avec peu de stimuli perturbateurs. Les consignes sont données de manière claire, répétée, parfois accompagnées de démonstrations gestuelles. Le nombre de participants est limité, et chaque résident bénéficie d’une surveillance rapprochée. Des repères visuels (couleurs, plots, lignes au fond du bassin) facilitent l’orientation. Comme pour toute activité physique adaptée en EHPAD, le mot d’ordre reste la sécurité sans surprotection : on accompagne, on encadre, mais on laisse la personne agir par elle-même dès que possible.

Équipement de piscine thérapeutique : rampes PMR, lève-personne aquatique et barres parallèles

Une piscine thérapeutique réellement accessible aux résidents dépendants doit être équipée d’aménagements spécifiques. Les rampes PMR (personnes à mobilité réduite) facilitent l’entrée et la sortie du bassin en permettant un appui stable et continu. Les marches doivent être larges, antidérapantes, avec des contremarches bien visibles. Le lève-personne aquatique, qu’il soit mobile ou fixé au bord du bassin, permet de transférer en toute sécurité les résidents en fauteuil roulant, sans effort pour le personnel et sans risque de chute.

Les barres parallèles immergées offrent quant à elles un support indispensable pour le travail de la marche, des transferts et de l’équilibre en milieu aquatique. Elles rassurent et permettent de doser le degré d’appui, un peu comme les barres d’un couloir de rééducation. On peut y associer du matériel flottant (frites, planches, ceintures) pour moduler le niveau de difficulté. L’ensemble de ces équipements transforme la piscine en véritable plateau technique de rééducation, au service d’une activité physique adaptée, sécurisée et plaisante pour les personnes âgées.

Parcours de marche nordique adaptée et déambulation sécurisée en extérieur

La marche nordique adaptée, pratiquée avec des bâtons spécifiques, connaît un succès grandissant dans les programmes de sport-santé pour seniors. Transposée à l’univers de l’EHPAD, elle devient un outil précieux pour travailler l’endurance, la coordination bras-jambes et l’équilibre tout en profitant des bienfaits du plein air. Les bâtons offrent un troisième point d’appui, rassurant pour les personnes à risque de chute, et permettent d’impliquer la ceinture scapulaire dans le mouvement. Bien encadrée, cette activité physique pour personnes âgées en extérieur redonne une dimension ludique et conviviale à la marche.

Les établissements peuvent aménager des parcours de déambulation sécurisés dans leurs jardins ou à proximité immédiate : chemins circulaires sans obstacle, bancs pour les pauses, signalétique claire, surface stable (enrobé, gravier fin compacté). Pour les résidents les plus fragiles, des boucles de quelques dizaines de mètres suffisent, répétées plusieurs fois avec des temps de repos. Pour les plus autonomes, de petites sorties hors des murs, toujours encadrées, contribuent à maintenir un lien avec l’environnement urbain ou rural alentour. Dans tous les cas, ces parcours extérieurs complètent utilement les séances de gymnastique en salle en rappelant que marcher reste un acte de liberté essentiel.

Ateliers de coordination motrice pour résidents atteints de troubles cognitifs

Chez les résidents présentant des troubles cognitifs, les activités sportives adaptées en EHPAD doivent être pensées comme de véritables médiations thérapeutiques. L’objectif n’est pas seulement de bouger, mais de stimuler le cerveau par le mouvement, de recréer des automatismes, de raviver des souvenirs corporels. Les ateliers de coordination motrice associent gestes simples, rythme, repères visuels et parfois musique, pour favoriser la concentration et la participation. En sollicitant simultanément plusieurs canaux sensoriels, on renforce l’ancrage des informations et on ralentit le déclin fonctionnel.

Méthode montessori adaptée aux démences : parcours sensoriels et psychomotricité

La méthode Montessori adaptée aux démences propose une approche particulièrement intéressante pour l’activité physique adaptée en EHPAD. Inspirée des pédagogies utilisées en petite enfance, elle repose sur des activités structurées, répétitives, utilisant du matériel concret et signifiant pour la personne. Appliquée à la psychomotricité, elle se traduit par des parcours sensoriels : marcher sur des surfaces de textures différentes, suivre un chemin coloré, franchir de petites marches, manipuler des objets du quotidien (torchons, paniers, balles) dans un ordre précis.

Ces parcours sensoriels ont un double effet. D’un côté, ils sollicitent les fonctions motrices : équilibre, coordination, schéma corporel. De l’autre, ils offrent des repères cognitifs stables, rassurants, qui soutiennent l’attention et la mémoire procédurale (celle des gestes appris de longue date). Pour un résident atteint de démence, répéter chaque semaine le même parcours, avec les mêmes objets et les mêmes consignes, revient à « réactiver » des chemins neuronaux parfois endormis. Comme un musicien qui retrouve un morceau oublié en posant ses doigts sur le piano, le résident retrouve petit à petit ses automatismes de mouvement.

Exercices de dextérité manuelle et stimulation cognitive par le mouvement

La coordination motrice ne se limite pas aux membres inférieurs. Les exercices de dextérité manuelle occupent une place importante dans les ateliers pour résidents atteints de troubles cognitifs. Ils consistent par exemple à saisir, trier et déplacer des objets de différentes tailles (boutons, balles, cubes), à visser et dévisser, à enfiler des perles de gros diamètre, ou encore à plier et déplier du linge. Ces gestes simples, familiers, mobilisent la motricité fine, la coordination œil-main et l’attention soutenue.

En liant systématiquement le mouvement à une tâche concrète – ranger, classer, compter, assembler – on introduit une stimulation cognitive par l’action. Le résident ne fait pas seulement travailler ses doigts, il exerce sa capacité à planifier, à mémoriser une consigne, à se corriger en cas d’erreur. Cette approche est souvent mieux tolérée qu’un atelier mémoire classique, parfois vécu comme stigmatisant. En EHPAD, les professionnels constatent que ces activités motrices et cognitives combinées contribuent à maintenir plus longtemps l’autonomie dans les gestes de la vie quotidienne.

Atelier équilibre dynamique pour syndromes parkinsoniens et pathologies neurodégénératives

Pour les résidents atteints de syndromes parkinsoniens ou d’autres pathologies neurodégénératives, des ateliers d’équilibre dynamique sont particulièrement indiqués. Ils visent à améliorer la capacité à réagir aux perturbations, à anticiper les changements de direction, à gérer les blocages de la marche (freezing). Les exercices peuvent inclure des pas en avant et en arrière, des changements de rythme sur commande verbale ou musicale, des franchissements d’obstacles symboliques (lignes au sol, plots), ou encore des rotations du tronc pendant la marche.

Ces ateliers de sport adapté en EHPAD demandent une grande vigilance : l’encadrement est rapproché, le nombre de participants limité, et les exercices soigneusement gradués. Mais les bénéfices sont considérables : diminution des chutes, amélioration de la fluidité de la marche, regain de confiance. En travaillant régulièrement la double tâche (marcher tout en comptant, en portant un objet ou en répondant à des questions simples), on renforce également la capacité du système nerveux à gérer plusieurs informations à la fois, compétence souvent altérée dans ces pathologies.

Formation du personnel soignant et encadrement des séances d’activité physique

Le succès des activités sportives adaptées en EHPAD repose en grande partie sur la compétence du personnel encadrant. Si les éducateurs sportifs APA, les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes jouent un rôle clé, les équipes soignantes du quotidien (infirmiers, aides-soignants, ASH) doivent aussi être sensibilisées et formées. Ce sont souvent elles qui motivent les résidents à rejoindre les ateliers, qui préparent les transferts, qui rassurent ceux qui doutent de leurs capacités. Une culture commune du « bouger au quotidien » doit se diffuser dans l’ensemble de l’établissement pour que l’activité physique adaptée ne soit pas cantonnée à une ou deux heures hebdomadaires.

Certification CQP animateur de loisir sportif option publics seniors

Parmi les formations structurées, le CQP animateur de loisir sportif option publics seniors occupe une place importante. Ce certificat de qualification professionnelle vise à doter les animateurs et certains soignants de compétences spécifiques pour encadrer des séances d’activité physique auprès de personnes âgées, y compris dépendantes. Le programme aborde les bases de l’anatomie et de la physiologie du vieillissement, les principes de l’APA, la gestion de groupe, la sécurité et l’adaptation des exercices selon les pathologies.

Pour un EHPAD, investir dans cette formation signifie disposer en interne de référents capables de proposer des séances structurées, régulières et sécurisées, en complément de l’intervention des professionnels paramédicaux. Ces animateurs de loisir sportif peuvent, par exemple, organiser des séances de gym douce en musique, des ateliers d’équilibre, des temps de marche accompagnée ou des jeux de balle collectifs. En travaillant en lien étroit avec le médecin coordonnateur et les kinésithérapeutes, ils deviennent des vecteurs majeurs du déploiement de l’activité physique adaptée dans la vie quotidienne de la résidence.

Protocoles d’urgence et gestion des malaises durant les activités collectives

Encadrer des activités physiques en EHPAD signifie aussi être prêt à gérer l’imprévu. Des protocoles d’urgence clairs doivent être connus de tous les intervenants : quels signes doivent alerter (pâleur soudaine, essoufflement important, douleur thoracique, confusion brutale) ? Qui prévenir en priorité ? Où se trouve le matériel de premiers secours ? Cette anticipation transforme une éventuelle situation de crise en procédure maîtrisée, limitant le stress pour les résidents comme pour les équipes.

Pendant les séances collectives, l’observation constante est de mise. On veillera à ce qu’aucun résident ne s’isole en bout de salle, à ce que les temps de récupération soient suffisants, et à ce que chacun puisse verbaliser son ressenti. Installer systématiquement des chaises en périphérie, proposer de l’eau à portée de main et adapter immédiatement l’intensité en cas de fatigue visible font partie des « réflexes sécurité » de base. Là encore, la formation joue un rôle clé : savoir distinguer une simple fatigue d’un malaise débutant est une compétence essentielle pour tout encadrant d’activité physique adaptée en gériatrie.

Évaluation des indicateurs de performance : autonomie fonctionnelle et qualité de vie en institution

Enfin, pour pérenniser les activités sportives adaptées en EHPAD, il est indispensable d’en évaluer les effets. Les indicateurs de performance ne se résument pas au nombre de chutes ou aux scores de tests physiques. Ils incluent l’autonomie fonctionnelle (capacité à se lever seul, à marcher quelques mètres, à utiliser les sanitaires), mais aussi des dimensions plus subjectives comme la qualité de vie, le moral, le sentiment de sécurité. Des échelles standardisées, des questionnaires de satisfaction et des observations cliniques partagées en réunion d’équipe permettent de mesurer ces évolutions.

Dans la pratique, on pourra suivre, par exemple, l’évolution des scores à l’échelle de Tinetti, au test de marche de 6 minutes, ou encore au niveau de GIR pour certains résidents. Mais on notera aussi la fréquence de participation aux ateliers, la diminution des comportements d’errance ou d’agitation, l’amélioration du sommeil ou de l’appétit. Ces données, croisées avec le ressenti des familles et des soignants, viennent valider l’impact global de l’activité physique adaptée en maison de retraite. Elles constituent un argument fort pour inscrire durablement ces pratiques dans le projet d’établissement et pour continuer à investir dans la formation, les équipements et les partenariats nécessaires à un vieillissement réellement actif et accompagné.